Une visio avec Montaigne ?

Un nouveau blog… Il y a un petit moment que je songe à ce changement, surtout pour ne plus avoir à me préoccuper des mises à jour (ou plutôt de leur absence…) , du spam (plusieurs centaines de commentaires indésirables par jour, qui ne permettent pas de voir celui qui pourrait être intéressant)… C’est donc décidé, j’emménage ici, avec un blog tout neuf (mais dans lequel j’ai tout de même importé tous mes anciens billets), un blogroll vide, que je peuplerai petit à petit (je me suis rendu compte que certains des liens que je donnais n’avaient pas été mis à jour depuis plus de trois ans).

Surtout, pour bien marquer ce nouveau départ, j’ai voulu changer le titre de mon blog-notes et pour ce faire, il m’a semblé judicieux de me placer sous l’illustre patronage de Hermann Hesse qui écrivait dans Le Loup des steppes (en 1927) :

[Le narrateur est engagé dans une conversation avec sa logeuse.]

Nous parlâmes également de son neveu et elle me montra, dans une pièce attenante, le dernier objet qu’il avait réalisé pendant ses moments de loisir. Il s’agissait d’une TSF. Le jeune homme, assidu à la tâche, passait ici ses soirées à fignoler cet appareil. Il était enthousiasmé par le principe de la transmission sans fil et s’agenouillait pieusement devant le dieu de la technique qu’il révérait. Au bout de milliers d’années, ce dieu était parvenu à découvrir et à représenter de manière extrêmement imparfaite, des choses que chaque penseur connaissait depuis toujours et utilisait avec plus d’intelligence. Nous évoquâmes ce sujet car la tante se montrait légèrement encline à la piété et ne détestait pas les discussions de nature religieuse. Je lui déclarai que l’omniprésence de toutes les forces et de tous les actes accomplis dans le monde était déjà parfaitement connu des anciens hindous. En construisant un appareil encore terriblement imparfait, capable de recevoir et de diffuser les ondes sonores, la technique avait simplement porté à la conscience universelle un petit fragment de ce savoir. Quant à l’élément essentiel de cette vérité ancienne, la non existence du temps, la technique continuait de l’ignorer aujourd’hui. Au bout du compte, cependant, cet élément serait naturellement « découvert » lui aussi et tomberait entre les mains des ingénieurs affairés. On s’apercevrait peut-être très prochainement que, de même que nous pouvons entendre à Francfort ou à Zurich des concerts joués à Paris et à Berlin, nous baignons dans le flot permanent des images et des événements présents, immédiats. Mais ce n’était pas tout. On comprendrait également que l’ensemble des événements survenus depuis la nuit des temps sont enregistrés et présents de la même manière que le reste et qu’un jour, sans doute, nous entendrions parler le roi Salomon et Walter von der Vogelweide, avec ou sans fil de transmission, avec ou sans bruits parasites. Pour finir, je déclarai que, tout comme les débuts actuels de la radio, cela permettrait uniquement à l’humanité de fuir face à elle-même, face à ses buts ultimes, et de s’environner d’un réseau de plus en plus serré de distractions et d’occupations vaines.

« Un réseau de plus en plus serré de distractions et d’occupations vaines », dites-vous ? Comment ne pas reconnaître dans ces lignes une réalité qui nous est si proche ? Et si nous acceptons cette lecture prophétique, poussons-la encore avant et reconnaissons qu’un jour nous pourrons entendre la voix d’Apollonius de Tyane ou de Chrétien de Troyes. Cette perspective peut sembler absurde, mais songeons aux reconstitutions du passé que permettent les techniques de modélisation 3D, songeons à ce qu’auraient dit nos ancêtres pas si lointains de la possibilité qu’un message écrit ou sonore, qu’une image, arrivent à l’autre bout du monde en une seconde.

Bien plus : je me plais à musarder sur les sites comme « Copains d’avant » ou Facebook. J’y croise, bien sûr, des personnes que j’ai connues il y a quelques années, mais aussi, des personnes que je ne connaissais pas : ce garçon qui faisait du rugby avec moi, mais dont je ne connaissais que le prénom, cette fille que je connaissais de vue parce qu’elle fréquentait le même collège que moi, mais à qui je n’ai jamais parlé et dont je ne savais pas même le nom. Et ces gens dont je ne savais rien, non parce que je les ai oubliés, mais parce que je n’ai jamais rien su à leur sujet, je me retrouve à connaître leurs noms, à savoir des choses sur les études qu’ils ont poursuivies etc. En somme, j’apprends des choses sur mon passé.

Tout cela me rend fort enclin à croire, à espérer du moins, qu’un jour je pourrai entendre des voix que nous croyons perdues pour toujours, que je pourrai dialoguer avec des personnes mortes depuis longtemps.

Quant à la dimension pessimiste de cette citation, je préfère, comme le narrateur le fait dans le roman, « adopt[er] plutôt le ton de la plaisanterie, de l’amusement qui fit sourire la tante ».

Blogué avec le Navigateur Flock

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